Serge Crampon

par Catherine Plassart

 



serge crampon

Biographie


Serge Crampon est né en 1950 à Rochefort-sur-mer. Sa jeunesse est riche de voyages successifs : Paris, la Haute Savoie, le Bénin, le Périgord, l'Oise puis l'Anjou. Tout en étudiant à l'école des Beaux-Arts d'Angers, il découvre la danse contemporaine. Des deux disciplines, il choisit l'expression plastique, sans jamais s'éloigner de son intérêt majeur pour le corps en mouvement Ainsi de 1974 à 1983, le corps et ses métamorphoses dans l'espace est le thème privilégié de ses peintures et dessins.

En 1989, il entreprend un voyage d'une année en famille à bord d'un camion nommé "Sacré blue car" (Canada, État Unis, Mexique). Il repense alors sa démarche plastique en référence à l'itinérance. En 1996, il présente à Saint-Florent le Vieil "Traîneur de grèves" une scénographie pour un fleuve qu'il connaît bien, la Loire. En parallèle, il entreprend un travail photographique sur les zones portuaires de Nantes et de Saint Nazaire.la suite d'images est l'objet de plusieurs exposition et d'une publication "Port Couleurs" en 2004 chez Marines Éditions. De 1984 à 2002 il développe aussi aux côtés de Jean Leduc l'image de marque de produits textiles.

Entre 2005 et 2007 il collabore avec le chorégraphe Hervé Maigret (NGC25) pour lequel il réalise les décors des créations: "Les Discrets", puis "Les Offices du corps". En 2006 il publie " Serge Crampon et la Loire" textes de Michel Humbert, label UNESCO Val de Loire. L'ouvrage présente les différents épisodes de son histoire plastique avec le fleuve.

Entre 2007 et 2009 il installe ses travaux sous la forme de vastes scénographies dans de nouveaux lieux choisis. Il développe sa réflexion sur le paysage ligérien comme état-d'âmes. Ses installations interrogent l'aspect et l'impact environnemental ...

A partir de 2010 il déploie un troisième "opus" sur la thématique de la dépose de matériaux de rebut, en lien avec l'activité humaine. Il invite le regard à les voir autrement, à leur donner un sens, leur offrir une valeur esthétique.

Le plasticien Serge Crampon développe dès les années 1980 une ouvre associant peinture et sculpture, photographie et architecture, danse et théâtre. Toute idéologie revendicaticative est absente de sa démarche. Il ne défie pas l'industrie culturelle ni la société de consommation. Pourtant il revient à l'essence du geste créateur, notamment par le recours à des matériaux «humbles». Les installations monumentales de Serge Crampon emploient ainsi des détritus végétaux ou des rebus d'origine industrielle. Elles mettent en scène des forces opposées telles le pérenne et l'éphémère, le vivant et le mort et donnent à voir son interprétation du rapport entre nature et culture.

Dans les années 2000, Serge Crampon réintroduit la pratique de la peinture et du dessin dans ses installations. Il renforce ainsi l'idée d'un engagement total du corps de l'artiste dans le projet global et la nécessité d'un lien construit entre les objets de récupération et la pratique savante avec un langage qu'il maîtrise de longue date. A l'énergie vitale du fleuve qui soutend ses premières installations succède la force du dialogue entre objets récupérés, recyclés, transfigurés et leur histoire. En témoigne '' Traîneur de grèves - Port Couleurs'' travail présenté en 2004 à la Galerie Européenne de la forêt et du bois à Dompierre les Ormes, caractérisé par l'accrochage de grands dessins et de peintures en contrepoint des installations où reposent ou se dressent les éléments traditionnels de son art, les branches et troncs d'arbre flottés.

Par la suite, Serge Crampon renouvelle l'expérience déplaçant les installations dans différents lieux qui façonnent les présentations.



Serge Crampon

Entretien Serge Crampon, Frédéric-Charles Baitinger; film de Paul Dessanti 2010

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"Traîneur de grèves", film de Jean Luc Arru 2006

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Serge Crampon
De signatura rerum

Voir ne veut pas dire regarder ce qui nous fait face, mais être capable de donner un nom. Et par ce nom, d’assigner aux choses qui nous entourent, une essence et une fonction. C’est pourquoi tout artiste authentique est dit « voyant » - car l’art procède d’un bond hors du vocabulaire commun – d’un déplacement capable de faire basculer la vision de l’artiste hors de sa condition ; le plaçant ainsi dans une sorte de nouveau jardin d’Eden – lui ce nouvel Adam – avec la charge poétique d’attribuer au monde qui l’environne, un nouveau nom.

De signatura rerum
« Si toutes les choses, les plantes, les semences, les pierres, les racines, révèlent dans leurs qualités, leurs formes, leurs figures, ce qui est en elles (…) alors, la signature est la science par laquelle on trouve tout ce qui est caché. Et sans cet art, on ne peut rien faire de profond. »Paracelse

Ceci n’est pas un tronc mais un torse. Ceci n’est pas un grillage mais un amas de ronces. Ainsi s’exprime Serge Crampon, marcheur infatigable, ambidextre et autodidacte aux multiples talents. Tantôt sculpteur, tantôt peintre, tantôt dessinateur, tantôt photographe, la seule chose qui importe à cet artiste des marges est de faire émerger des éléments que notre société classe dans la catégorie des « rebuts », des formes capables de suggérer, sans pour autant les représenter, les multiples forces qui font de tout corps un champs de tensions.

Relevant ce qui passait pour mort, le geste qui sous-tend cette œuvre s’inscrit dans le prolongement du Land Art et de l’Arte Povera. Ne travaillant qu’à partir de matériaux peu nobles – bois flottés, fils de fer, gants de chaudronniers usagers, etc. – et ne trouvant son inspiration qu’à l’extérieur de son atelier – que ce soit dans la nature ou bien encore dans une friche industrielle – Serge Crampon n’est pas un artiste romantique fermé sur lui-même. C’est un résurrecteur, un alchimiste, un homme capable de transformer le plomb de nos sociétés modernes, en or visuel. Autrement dit, en symbole.

Toujours en quête de nouvelles formes et de nouveaux matériaux, sa démarche s’apparente à celle des peuples dits primitifs dont la créativité transcende les limites du bricolage et du détournement. A l’instar d’un Roger Caillois observant dans les stries des roches l’avenir de l’abstraction, Serge Crampon invente une nouvelle forme de ready-made dans laquelle ce n’est plus seulement les objets de grande consommation qui sont appelés à devenir des œuvres d’art – mais le monde en son entier, pour autant que les objets qui le composent aient perdu le sens premier qui les soutenait et qui leur attribuait une fonction.

Car ce n’est qu’à l’endroit exacte de cette déchéance, de ce dévalement, qu’un objet peut enfin redevenir lui-même ; c’est-à-dire, n’être plus que l’expression plastique d’une matière qui tente, envers et contre tout ce qui la détruit, de maintenir sa forme. Voilà ce qui, dans l’œuvre de Serge Crampon, est la plus fascinant ; cette mise à nue de la temporalité façonnant les rides de la matières et nous livrant – comme à son insu – le fond même sur lequel s’agite notre univers ; ce fond mouvant, flottant, et que Nietzsche, à la suite de Schopenhauer, nomma d’une expression souveraine : volonté de puissance.

Frédéric-Charles Baitinger



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