Serge Crampon

par Catherine Plassart

 

Archives du corps 3

: peintures et dessins (1972-1980)

"...Interrogeons les dessins, les peintures, les volumes de Serge Crampon. Dans l'innocence originelle, l'absence s'est installée ; et le besoin de présence, le désir pour le corps d'exister d'une façon nouvelle, autre, commence à chercher des formes qui porteront son attente..."

Diaporama



Suite de dessins, Sans Titre, mine de plomb, 50 x 26 cm.


L'expérience originelle.

Nous savons d'instinct la parenté de la création artistique avec les voix les plus anciennes de la terre : une petite musique qui résonne dans la profondeur des rythmes et des images, forme qui la structure et en quoi repose leur sens. A chaque instant de sa recherche et quelque chemin qu'elle emprunte, c'est cette expérience originelle que Serge Crampon retrouve, se sent contraint de revivre, d'interroger. Son travail a donc naturellement, depuis cette source cachée jusqu'aux vastes contrées de son extrême possible, le mouvement profond et le bruit d'un ruisseau qui devient fleuve, entraînant parfois toute une terre. La rigueur de Serge Crampon c'est de ne pas refuser cette attraction qui, de son influx, finit par irriguer toute son œuvre et structurer de haute manière une présence au monde.

Interrogeons les dessins, les peintures, les volumes de Serge Crampon. Dans l'innocence originelle, l'absence s'est installée ; et le besoin de présence, le désir pour le corps d'exister d'une façon nouvelle, autre, commence à chercher des formes qui porteront son attente. Et l'on entend alors la petite musique de Serge Crampon avec ses deux notes : l'une, c'est l'être, l'autre, en écho (en miroir ?), le néant, et leur ligne conjointe, c'est cette méditation sur la présence et l'absence qui fait du lieu simplement naturel un lieu humain, une terre. L'art n'est pas à lui seul la victoire sur le non-sens, mais il est sûrement un des lieux où ce combat se décide. Et plus il prend, comme ici, de risques, plus il est acte d'homme, mieux il dit non à la nuit.

Phillippe Roy
mars 2010